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Délire verbal, idées de possession, d'irréalité, de négation

Délire verbal, idées de possession, d'irréalité, de négation
written by Henri Wallon
1930

La malade dont j’ai l’honneur de vous soumettre le cas ne se signalait, à l’époque du moins où je l’ai connue, que par une sorte de logorrhée intermittente, qui semblait, de prime abord, tout à fait inintelligible, et qui était en parfait contraste à la fois avec son langage courant et la correction de ses actes.

Née en 1855, elle avait été internée à la Salpêtrière en 1899 dans le service de M. Voisin. Elle y est restée sous la direction de M. Chaslin, puis de M. Nageotte, jusqu’à l’époque de son transfert dans un asile de province, en 1922. C’est en 1913-1914 que je l’ai étudiée, et quand je l’ai retrouvée en 1919 après la guerre, elle n’était en aucune façon modifiée, sinon que ses manifestations pathologiques semblaient avoir pris une place et une importance moindres dans l’ensemble de son existence. Leur régression et leur délimitation graduelles paraissent d’ailleurs avoir été constantes depuis les premières années de son internement, bien que par une illusion inverse, elle ait toujours opposé ses tourments actuels à ce qu’elle était aux époques antérieures.

Les certificats successifs parlent d’hystérie, d’idées mélancoliques et de persécution, d’épilepsie, d’hallucinations auditives et visuelles, de troubles de la sensibilité générale, de tentative de suicide, — de paranoïa, de langage symbolique, d’impossibilité d’ouvrir la bouche. En fait il n ‘y a jamais eu de crises convulsives, ni depuis l’internement. ni avant, d’après les renseignements donnés à M. Chaslin par une amie de la malade. Ce n’étaient que des accès d’extrême agitation.

Fille d’un homme plusieurs fois interné et mort de « folie douce », elle s’était toujours signalée par son langage exubérant et volontiers excentrique. Ce qu’elle était en train d’exprimer l’occupait exclusivement, rien d’autre ne comptait. Mariée, elle avait eu deux enfants ; [p. 61] l’aîné mourut pendant qu’elle était enceinte du second. Sept à huit mois après l’accouchement, et sept ans avant son internement, apparurent les premiers troubles : céphalées, vomissements, ennui, pleurs sans motif. Elle se plaignait souvent de la nuque et de sa vue, syndrome fréquent chez les neurasthéniques1. Son attitude devint de plus en plus anxieuse : elle restait seule dans un coin, se lamentant de souffrir, de faire souffrir son mari, d’être assiégée de voix hostiles. Trois semaines avant d’être internée, elle tente de s’asphyxier. Depuis qu’elle est à l’asile, son amie qui n’a pas cessé de venir la voir, la trouve plus calme. Elle n’entend plus de voix, elle est plutôt gaie et cause de leurs connaissances communes.

Elle n’a jamais voulu croire à la mort de son mari, survenue deux ans après l’internement, et elle nie totalement l’existence de son enfant. Il lui a été un jour amené par son amie ; il avait alors onze ans ; elle le repousse en disant qu’elle ne comprend rien à ce qui se passe, qu’elle n’a jamais été mère. Questionnée un peu plus tard sur cet incident, elle répond très agitée : « Oui, j’ai un garçon, mais il n’est pas à moi, il est au monde. » Dans une seconde entrevue, il faut insister, il faut le nommer, pour qu’elle consente à le regarder et à le reconnaître. « Je me sens revivre », dit-elle ensuite. Le lendemain, elle lui écrit : « Mon fils, tu t’es souvenu. Dieu est bon. Merci pour lui et pour toi. » Mais plus jamais dans la suite elle n’a parlé de lui, sauf après la guerre, à mon retour. Alors elle m’a raconté, avec la plus grande aisance, la brillante conduite de son enfant et les projets qu’elle faisait pour son avenir.

A l’asile elle a d’abord refusé de se livrer à aucun travail, elle s’occupait uniquement de ses oiseaux. Elle était solitaire, se sauvait à toute approche, invectivait grossièrement les autres malades. Elle parlait seule et tenait des propos étranges. Elle se fâchait contre ceux qui voulaient y répondre, leur disant : « Vous parlez, mais vous n’avez pas de corps. » Elle se montrait méfiante, craignant toujours qu’il ne fût question d’elle ; mais elle était jalouse des soins donnés [p. 62] à d’autres et se croyait toujours négligée, abandonnée. S’apprivoisant petit à petit, elle en vint à ne plus éviter que les médecins et demandait de ne pas être interrogée par eux. Ses manières étaient correctes et discrètes ; elle mangeait rapidement et proprement. Elle faisait sa toilette avec hâte et soin. Celle de ses compagnes lui causait une irritation et une répugnance, qui se traduisaient dans les termes les plus répugnants et les plus obscènes. A part des crises de propos injurieux et orduriers contre les infirmières, qui survenaient surtout par périodes et qui n’ont jamais disparu, bien que devenues plus rares, elle était polie. Sans jamais paraître s’occuper de ses voisines, elle était fort complaisante, et vers la fin elle leur rendait toutes sortes de services, en particulier elle rédigeait leurs lettres, avec un évident souci d’y traduire leur personnalité et leur caractère. Le seul travail qu’elle consentît à faire était la broderie, elle avait jadis dirigé un atelier de lingerie. Elle s’y adonnait avec diligence dans ses bons jours ; car elle avait noté elle-même des alternances périodiques dans son activité et dans son humeur. En somme, elle présentait une cyclothymie d’ailleurs peu apparente et de l’excitation verbale.

Dans les relations courantes, son langage était non seulement correct, mais exact, bien approprié et souvent nuancé. Elle savait exprimer des sentiments délicats, par exemple pour remercier d’une attention qui lui avait été agréable, ou la première fois qu’elle me revit après la guerre. Mais le plus souvent ses propos en présence du médecin étaient un flux de mots incompréhensibles ou sans suite. Parmi les troubles du langage auxquels ils semblaient s’apparenter, il faut éliminer ce que Kraepelin a décrit, dans la démence précoce, sous le nom de salade de mots, car c’est le terme ultime d’une incohérence, qui exprime la dissociation et la fragmentation progressive de toute l’activité mentale. Chaslin au contraire a décrit des cas de discordance entre le langage et l’intelligence. Il a fait de la « folie verbale » une forme de la folie paranoïde, et de la folie paranoïde une forme de la folie discordante, qu’il substitue pour une grande part à la démence précoce de Kraepelin. La dissociation n’intéresserait [p. 63] plus nécessairement tout l’appareil mental. Le langage deviendrait discordant avec la pensée et incohérent, sans qu’il y ait un trouble corrélatif de l’intelligence. La première impression pourrait être qu’il s’agissait d’un cas de ce genre. Mais le trouble du langage restait plus circonscrit que dans la folie verbale, et l’examen a démontré qu’il gardait d’étroits rapports avec la pensée du malade. Il ressemblerait plutôt d’une part à ce que Cénac (2) a décrit dans sa thèse sous le nom de glossomanie, et d’autre part à ces altérations du langage dont Blondel (3) rapporte l’origine à une transformation profonde de la conscience morbide, qui ne parvient plus à s’exprimer dans les cadres et avec les concepts de la pensée normale.

C’est à des états d’excitation verbale, comme dans la glossomanie, qu’il faut rapporter les crises de logorrhée, auxquelles la malade est sujette. Tantôt elle parle seule et elle déclare : « Quand j’ai la tête poussée, il faut que je parle seule, c’est forcé… Quand j’ai une arrière-pensée, il faut que ça sorte, qu’elle s’en aille… Je suis malheureuse seulement quand çà ne peut pas sortir par la tête… Je parle toute seule de ces choses-là. » Tantôt elle commence dès qu’elle est en présence du médecin, et ne peut plus être arrêtée. D’autres fois elle tient des propos d’abord sensés et en rapport avec la vie courante, puis, parvenue à un certain degré d’animation, elle verse dans sa volubilité désordonnée. Il arrive enfin d’autres jours qu’interrogée sur des propos précédemment tenus, elle demande grâce, se dise trop fatiguée pour répondre : Mais l’accès une fois amorcé, se développe avec ses caractères habituels : « La parole est très rapide, précipitée, difficile à noter, relevait Chaslin, s’embrouillant par moments quand elle se précipite ; la voix est un peu chantante et diffère de la voix habituelle. »

Le contenu ne se borne pas au simple jeu syllabique, avec prédominance de certains sons et de certains rythmes, que Cénac décrit dans la glossomanie. Ce sont des mots, souvent des néologismes, des locutions stéréotypées, et aussi des propositions plus ou moins régulièrement construites. Il y a des allitérations, des assonances, comme dans le langage des maniaques, un ton de grandiloquence [p. 64] prophétique, des répétitions fréquentes et comme des formules consacrées La sténographie ne donne souvent qu’un pur galimatias ; accumulations sans syntaxe, propositions inachevées ou dont la fin suppose un autre sujet que celui du début, interférences inextricables, rapide alternance des motifs ou idées qui tendent à s’exprimer, anticipation d’un mot sur ceux auxquels il devrait logiquement succéder. Mais souvent aussi les analogies ou associations purement verbales, les trébuchantes substitutions de pensées semblent réduites par la force du sentiment et font place à des formules parfois bizarres, mais d’une éloquence saisissante.

C’est un langage qui n’exprime plus l’ordre logique et conceptuel ‘ de la pensée, mais il se laisse en quelque sorte encore induire par elle. Il se développe en paraboles, qui ont une sorte de conformité allégorique avec elle, mais en restant dans un cercle de relations toutes verbales ou d’images concrètes, qui souvent l’emportent sur elle. « Comment êtes-vous entrée ici ? » demandait à la malade M. Chaslin. — « Rien n’existait plus, le fer ne forgeait plus, la pierre ne se fendait plus, le sculpteur ne travaillait plus, rien n’était. » Elle ne sait plus réaliser de termes abstraits : elle traduit son humiliation d’avoir désormais tout à attendre des infirmières en s’appliquant l’expression « bouche de mendiante » ; le mot de « tête », ou de « parole » remplace suivant les cas celui de « pensée ». Des formules stéréotypées répondent à chacun des grands thèmes qui l’obsèdent. Elles ont un sens global, immuable, en plein accord avec un langage devenu réfractaire aux flexions variables qu’exigerait une pensée demeurée mobile et circonstanciée.

Elles offrent ainsi un moyen de la pénétrer, il suffit de les considérer chacune à la façon d’un leitmotiv, au lieu de s’attacher à la succession des mots et à la suite du discours, qui le plus souvent ne présentent rien que d’indéchiffrable. Il y a une expression dont le retour est perpétuel dans les moments d’excitation, c’est celle des « 250.000 heures, des 120.000 heures, des 670.000 heures, des heures vécues, des heures qui sont rendues par la tête… ». « Les heures » d’aujourd’hui je ne les vis plus, dit la malade, elles ne sont [p. 65] plus à moi », et un autre jour : « A la première minute de mes 250.000 heures j’ai compris que rien n’existait ni dans l’avenir ni dans le passé. Vous, monsieur, vous n’existez pas, ou que dans le présent. » Au contraire, « les 670.000 heures à la Salpêtrière ce sont des heures vécues, des heures vécues du temps de M. V. et de M. Ch. Mais maintenant ces heures ne sont plus vécues depuis que ma tête est prise. « Elle dit encore : « Les heures ne passent pas, ce sont les choses qui font les heures ». Et pour exprimer la fuite du temps : « Le terrain se met en marche ; les veilleuses succèdent aux jours, les jours aux veilleuses, le jour et la nuit marchent ; et quand la nuit a fini, le jour marche. L’enfant des jours n’est plus solidaire de l’enfant des nuits. Il faut quand ils vont hors de la Salpêtrière. Elles vont chercher la vie que je ne posséderai plus. Elles vivent pour elles. » S’il est impossible d’attribuer un sens rigoureux à aucune de ces expressions, elles traduisent cependant une sorte d’impuissance à imaginer la durée, sinon sous la forme des choses ou des personnes, des veilleuses, que chaque soir ramène auprès des malades et qui repartent, au matin, vivre pour elles-mêmes, dehors. Cette impuissance, c’est en même temps une impuissance à se sentir vivre dans le moment présent ; la vie n’est plus qu’un souvenir du passé ; et les périodes des 250.000 heures et des 670.000 heures n’ont aucune valeur arithmétique ; elles s’opposent seulement comme ce qui a été vécu à ce qui ne peut plus l’être.

Une distinction qui se retrouve au tréfond du répertoire humain est celle du masculin et du féminin. Ces deux mots reviennent souvent dans le langage de cette malade, différemment déclinés : féminisés, reféminisés… ; mais leur application reste flottante. Elle n’a pas réussi à leur attribuer une valeur bien exacte. Pressée de questions, elle explique un jour bien pauvrement « masculin » par « les ouvriers ». Pourtant elle semble habituellement identifier le féminin avec son entourage actuel, avec l’asile, avec son existence sans vie, stérile, — et le masculin avec l’extérieur, la liberté, la force de vivre.

Mais le synonyme de son malaise et de sa souffrance c’est le mot fer ; « Le fer existe, et cela me fatigue… Le fer qui me tue 70.000 heures après qu’il me broie… J’ai sous le cou, 70.000 heures après, deux barrières de fer sous le cou, cela ne se voit pas… C’est une barrière droite comme cela, une vraie barrière de fer, il n’y a rien de si enferré [p. 66] que moi… On m’enterre sous le fer… Ce fer sous mon cou, sans cela ça m’est indifférent, tandis que je suis prise du cou et du fer, j’ai eu 100.000 heures de cou… La nuit me coffre, je suis prise du néant, mes premiers levers dans la Salpêtrière, les grilles me coffrent, j’ai soutenu tout par la tête… Je dors, je me réveillais, mais à l’état naturel. Je reste couverte du fer; au lieu que je me réveille pour moi, c’est pour mes compagnes. Je vais rester une chose morte, un de ces jours je ne me lèverai plus… J’ai rendu çà à M. Ch., mais j’étais pas prise du fer, j’avais la tête libre. Il faut que je refabrique cela à la Salpêtrière… Je serai prise du néant, puisque le fer me tue. Je suis oppressée parle fer… Vous ne pourrez pas le faire disparaître ; je vais périr dessous, j’aurai la vie nette… J’ai les yeux pris du fer ; c’est terrible d’être enferrée… Je souffre du vide à mes côtés, c’est le fer, il ne faudrait pas que j’aie cette barre de fer. J’ai ce fer qui m’emprisonne le cou, j’ai un point fixe de fer qui descend comme cela… Si je n’avais pas le fer, tout reviendrait pour moi ; si je n’avais pas le fer, tout serait vivant. J’aurais conservé mon âge, si je n’avais pas le fer, j’aurais continué de vieillir à Sainte-Anne… Je n’ai pas assez de réalité pour mourir, c’est encore moi qui suis prise du fer, je ne peux plus, je succombe, il faudrait de vraies gens… Mon cou est massacré par le fer et mes yeux sont pris par le fer. Voulez-vous voir les salons où nous sommes enterrées toutes vivantes… C’est un terrain féminisé entre les murs qui me sortent du cou… Le verre ne poussait pas, le fer ne poussait pas. » Murs et grilles de l’asile, gêne de la nuque et des yeux, fatigue de penser, oppression et vertige, irréalité des gens et des choses, réalité devenue sans vie, rigide, inanimée : tout se fond en une sorte d’impression unique, où s’abolit jusqu’à la distinction du corps propre et des corps étrangers. C’est tout cela qui se condense dans le symbole du fer.

Quelques autres expressions imagées, violentes lui servent encore pour traduire ses malaises physiques ou affectifs : « Un son crée du sexe. Il m’entoure, ne me quitte pas. Une veilleuse se dénudait. Il m’a forcée à me produire des yeux. Il dénudait un corps et du sang lui sortait du sexe et avec ce sang fabriquait des yeux. J’étais déjà prisonnière du corps. Il fallait que je me fabrique des yeux. J’étais prise par deux barres de fer… Je ne veux pas voir 1 oculiste, parce que mer yeux ne sont pas atteints. Je souffre, mais personne ne peut [p. 67] rien pour moi, parce que je suis prisonnière de la fabrication des corps. Personne ne peut rien pour moi… C’est moi qui avais les yeux, c’est moi qui étais les choses et qui les tirais. » Là encore la vue semble unir, identifier le sujet aux objets extérieurs dans une impression de tiraillement oculaire. Ses répugnances qui lui font injurier parfois ignoblement ses compagnes, elle les éprouve aussi pour elle-même aux époques cataméniales : « Je ne m’appartiens plus, je suis prise du fer, je suis prise du sexe. Dans un chauffoir couchée, couchée, la matière féminine s’étend par terre, du sang, du sang, des ordures. »

Mais sa plainte dominante, essentielle, c’est de ne plus s’appartenir, c’est d’être possédée. Dans les premiers temps elle exprimait sous forme de voix la contrainte éprouvée : « Je n’existe plus, disait-elle à M. Chaslin, parce que je souffre cérébralement. J’ai la tête travaillée par des voix masculines éteintes, prise dans le fer sans corps… C’est une voix masculine sans corps qui me parle en moi-même, et vous ne l’entendez pas. Vous pouvez causer et entendre causer, mais vous ne participez pas à ce son… Elle me force à ouvrir la bouche moi-même. C’est un son masculin, je le sais. Je suis sa tête et sa bouche… Je suis son interprète et son sujet, et si je ne lui donne pas la voix et la parole, une chose n’existe pas… Elle vient du néant, c’est elle qui m’éclaire que les yeux poussent… On me présentait un enfant que mes yeux voyaient, mais qui n’existait pas. J’ai été prisonnière des voix pendant 80.000 heures. — Ces voix parlaient en vous ? demande M. Chaslin. — Non, mon intérieur est à moi. Je suis toute couverte de fluides, vous ne savez pas ce que c’est. C’est une chose qui vient du fer… Puisque rien n’existe, moi-même je n’existe pas, je suis en lutte toute seule avec ma fabrication. Qui a pu me pondre les bras ? Je suis travaillée par un son, une voix masculine sans corps. Je suis prisonnière de la fabrication de mes bras, 250.000 ans après. Je reste toute seule. Les corps ont fui, tout a fui, il ne me reste que mes yeux pour voir. »

Est-il besoin de noter combien cette voix diffère d’une voix physique ? Elle n’est qu’une des expressions multiples, sous [p. 68] lesquelles essaie de se traduire l’espèce d’accaparement, auquel la malade croit succomber. Plus tard d’ailleurs il n’en est plus question. Le sentiment de possession s’est réduit à l’essentiel : « Je suis prise par la fabrication des choses… J’ai la tête fatiguée, fatiguée, parce que la vie d’autrui s’est emparée de la mienne… Je suis prise du fer, je suis prise du sol, je suis prise du terre à terre, je suis fatiguée, fatiguée, fatiguée. Je suis forcée de fabriquer un lendemain par la tête, de fabriquer un lendemain pour les autres. Il me faudrait un monde solide et hors de la vie pour des choses instantanées. Je ne possède rien, je suis obligée de fabriquer les choses et la raison pour les autres. La vie en commun, jamais la vie personnelle ! » Son entourage et tout ce qui l’occupe semblent la déposséder d’elle-même : « Tout ce que j’avais ici, mes oiseaux, c’est tout cela qui me retirait mes idées. » Souvent elle mêle dans une même formule le symbole de ses impressions subjectives et l’objet de sa représentation, mais une représentation qui se décompose elle-même en objets, et où les qualités se font substantifs, régressent d’un stade vers le concret absolu : « Je soutiens la fabrication d’un nouveau monde, les choses habituelles de la vie sont les mêmes. Le fer qui me tue 70.000 heures après qu’il me broie, il contient les choses, la couleur des murs, soit bois, soit sang. »

Cette représentation forcée, cette refabrication de ce qui l’entoure à un caractère obsédant ; elle est incoercible ; c’est une sorte de mentisme délirant : « Pensez que ma tête est bien prise. Avec vous ça va bien encore. Mais il ne faut pas me briser, sans çà je ne peux plus. Je suis bardée de fer. J’avais demandé seulement des assises (4)… Chaque personne qui disparaissait de la Salpêtrière, ma tête fatiguait pour la réinstaller. C’est insensé d’être brassée comme ça. Sitôt ici, M. Chaslin s’est mis à faire des départs. Nous sommes toutes déshabituées les unes des autres… Chaque personne qui meurt, je suis forcée de la solidifier par la tête et de leur rendre la Vie. Je leur donne la vie par la tête, c’est-à-dire que je les réinstalle dans la Salpêtrière. Ma tête est commandée de faire revenir les personnes qui ont disparu… Tout ce qui existe dans la Salpêtrière, [p. 69] même les inscriptions sur les murs, je soutiens ça par la tête. J’arrive prise de la défabrication, je suis prise du sexe, j’arrive dans un monde défiminisé… Il faut que je refabrique cela à la Salpêtrière au moins ; j’en cause à vous, mais, je me laisserais crever sous le fer; il faut que je sois toute fatiguée ; il faut que je marche, que je refabrique tout par la tête ».

C’est une contrainte intolérable et non un acte de puissance que cette refabrication : « Ma tête travaille pour retourner aux miens. Mon ancien monde, un monde où on n’a pas des bouches de mendiantes, où les femmes pondent. J’ai été prise par un corps impersonnel. Plus tu tomberas de haut, plus la chute sera belle. Le jour me sort du cou. Il n’appartient à personne. Il faut que je fabrique les choses par la tête. Personne ne vit de soi-même ; personne n’a de personnalité, sans crâne. Aucun acte personnel. Tout le troupeau des corps est fondu. » Un sentiment de dépersonnalisation accompagne le mentisme. Mais il ne connaît pas les limites de la personne ; il leur est comme antérieur ; il confond avec le sujet le genre humain tout entier ; il est universel. Car sans doute faut-il être capable de constituer et de soutenir sa propre personnalité pour différencier et s’opposer celles d’autrui : « Je ne suis plus solidaire de personne et c’est ce qui me fatigue. »

Dans son isolement et sa fatigue, elle ne trouve plus de réalité à rien. « Avec M. V. il y avait connaissance de tout le monde. Ce qui est fatigant, c’est de voir quelqu’un qui ignore la vie des gens. Je travaille de la tête, tout s’en va autour de moi. Cela me fatigue moins de parler de moi avec des quelques-uns. Je suis prise de pétarades, de vie Salpêtrière. » La substitution du pronom au nom de ses compagnes lui rend plus difficile encore d’en réaliser l’existence : « Je ne peux comprendre que des personnes s’appellent des elles. Je suis obligée de fiche mon camp quand même, tellement c’est dénaturé, car des personnes ne peuvent s’appeler des elles. M. V. les connaissait et chacune avait son nom, tandis que M. J., non c’est M. Maurice, et cela évitait de les appeler des elles. »

Il lui semble que doivent désormais rester hors de sa connaissance les nouveaux venus : « Je ne connaissais pas M. Nageotte, je ne pourrai plus le connaître, je suis trop prise par le fer. Je ne connaissais pas le présent, je fabrique tout. Je suis prise quand même par le fer, [p. 70] jusqu’à ce que je succombe… On aurait dû nous laisser vivre ensemble tous ceux qui ont vécu ensemble… Les personnes d’ici sortaient de sous terre. C’étaient des bolides. Je ne connaissais personne. Ces personnes étaient des bolides tombés du ciel. Vous connaissez, vous, votre boulanger par exemple. On le coudoie. Un passant n’est jamais un inconnu. Il fallait moi que j’apprenne à connaître les gens. » Il faut aux êtres un passé pour qu’elle les sente vivre : « Quand on vient dans les hôpitals, on doit avoir un passé sous la cervelle. Je fabrique des connus dans la Salpêtrière. Il fait des inconnus dans les pieds sous la Salpêtrière. Mais je ne dois plus jamais me souvenir que j’ai un passé dans la Salpêtrière. Maintenant on ne me connaît plus jamais, puisque j’ai la tête écartelée. Il faut que je fabrique le passé par la tête pour que le présent soit ». Et, par une brusque substitution d’elle-même à l’objet de sa pensée, elle ajoute : « Je n’ai pas de passé. Je vous ai dit que je n’avais que quarante-trois années (à celle époque elle en avait soixante-quatre). Après j’ai tort, ma tête est un perpétuel déraisonnement et mon ancien monde a disparu. Les choses enfuies sont à jamais mortes ». Dans sa confusion des points de vue, elle semble ensuite passer à celui de son interlocuteur : « Il faut que ce soit vécu pour que vous me compreniez. Il faudrait que vous m’ayez prise dès le début. Vous ne vivez pas à côté de moi. Alors c’est abracadabrante. Pourquoi c’est vécu, c’est compréhensible, puisque c’est une autre vie que la mienne. Il faut que ce soit vécu par moi-même. Il faut avoir une intelligence supérieure, quand il y a 670.000 heures. »

Enfin elle continue en affirmant l’irréalité de ce qui l’entoure. Ceux dont elle ne connaît pas le passé, elle les voit comme des enfants (5). Elle donne au sentiment subjectif qu’elle a de leur nouveauté la forme objective de nouveau-nés : « Quand je marche dans la Salpêtrière, il n’y a que des petits corps attachés sur des fauteuils. Ces petits corps d’enfants me prient et ce sont des enfants. Je marche dans des murs bien vides, quoique j’aie vu le long du chemin tous les soufflets, c’est la Salpêtrière à tire-larigo. J’en suis fatiguée » Un néologisme lui sert à désigner ces êtres à la vie réduite : « C’est trop [p. 71] enfant, ça me fatigue trop. C’est trop enfant, c’est crèche, la Salpêtrière. C’est trop des enfants, de sorte que je veux remonter le temps. C’est trop enfantin, ça me fatigue… » « Être crêché, explique-t-elle, c’est que les femmes ni les minutes n’ont pas vécu par ma tête, il faut que je soutienne la mort. Il faut que la chose ait vécu, pendant donc que j’ai été prise des siècles. » Elle appelle aussi les nouvelles venues des « sarrauts… des corps sans âmes, des corps de crêchou », car « elles sont au-dessous des enfants des écoles, qui ont une direction ».

Il y a des degrés dans l’irréalité. On lui demande si la surveillante existe : « Bien sûr ! Tant mieux pour moi. « Mais les infirmières sont « des corps volants, des corps sans âme », surtout depuis que l’application de la loi de huit heures diminue leur temps de présence et augmente leur nombre : « Elles disparaissent comme des éclipses, en rasant les murs, en ligne droite… Il n’y a plus rien ; ça fait des corps, des passages dans des murs, mais cela ne fait pas de la vie ni des sympathies ; c’est certain et c’est sûr. Un s’en va, puis l’autre revient, et l’autre s’en va, sans interruption. »

A la transitivité des êtres et des choses d’autres causes s’ajoutent pour les rendre irréels. Sous trois formes diverses, c’est de ne plus s’incorporer ce que le sujet met de soi dans l’ambiance qu’il se compose. La sympathie d’abord au sens strict du mot : « Ils (6) ne peuvent plus vivre, puisque ce n’est plus que des enfants. Ils n’ont laissé que les murs. Je vois bien que deux ou trois visages dedans. Ils étaient sympathiques autrefois. Ils sortent avec des chaises, occupent le réfectoire ; ils donnent les affaires avec une armoire. C’est tout crêché. Il n’y a que deux ou trois veilleuses. Tout ce monde qui m’aidait à vivre, parce qu’il parle ses besoins de vivre. C’est admis, les maris, ils me faisaient connaître tout le monde. Tout ce monde-là parlait ses besoins de vivre. Il n’y a plus que des morts. Quand je marche, je ne marche plus que dans des murs… Ils m’ont fait fabriquer des corps morts, puisqu’ils avaient des gestes de mastication [p. 72] comme cela, et ils ne mangeaient pas, ils avaient les mouvements de manger, mais ils ne mangeaient pas… Je ne sais rien, je ne le sais pas, il aurait fallu des personnes qui paraissent et qui causent, il n’y a plus que des enfants et que des cris… J’étais solide du cerveau, je n’ai jamais rien eu, je possédais la lecture, mais en propre. Bien des gens m’ont entourée. J’ai bien commencé par soutenir la vie par la tête et parle cerveau. J’ai été bien entourée. Féminin et masculin ne m’ont jamais manqué… Bien sûr que je ne demande pas à sortir de la Salpêtrière, puisque mon foyer est détruit depuis les 270.000 heures, de sorte que la parole est défabriquée. Si j’étais jamais sortie de la Salpêtrière, il aurait fallu que je retrouve la vie en commun, puisque je ne puis plus vivre de moi. » La promiscuité de la Salpêtrière l’accable. Et pourtant par un retournement, par une ambivalence de termes fréquents chez elle et qui d’ailleurs s’accorde bien avec la nature de la sympathie, elle suppose en autrui ce pouvoir d’action qu’elle ne sait plus y projeter.

Entre l’irréalité des êtres et celle des choses il y a corrélation et communauté d’origine : c’est l’impuissance à concevoir des besoins chez les uns et l’utilité des autres, à moins toutefois qu’elles ne soient actuellement utilisées : « Les corps ont fui les choses. Il faut que les choses lui appartiennent en propre à des mains qui s’en servent. Je ne peux pas fabriquer un corps. Il faut que ce soit vivant, pensez donc 250.000 heures après. C’est comme celte chaise n’existe pas tant qu’on ne s’assied pas dessus, et elle n’existe plus après » En termes plus obscurs elle répond à l’objection : « Mais ceci est bien un tapis ? — C’est une chose, ce n’est pas un corps. Les choses sont des pensées pour que les corps s’en servent. » Détaillant comme de simples choses jusqu’à ses compagnes, elle dit : « Les gâteuses n’ont pas des pieds, ce sont des pieds indécis, ils ne devaient pas marcher que dans la Salpêtrière. Ce ne sont pas des pieds agissants ». Et comme par une double confusion entre elle-même et ce qu’elle pense d’autrui, entre son effort de pensée et sa représentation, elle poursuit : « Je ne peux pas sortir, tout est dénaturé. Ils me broient, j’ai la tête travaillée, ce ne sont pas des pieds agissants, j’ai la tête puisqu’en moment (?). Mais je ne reviens plus vivre. » Puis, se ressaisissant, elle conclut : « C’est pas les mêmes pieds ! Non, je ne change pas de pieds ! » La mesure du réel ce serait donc d’être agissant, de servir, [p. 73] de répondre à des besoins. La réalité des choses dépendrait de notre aptitude à les employer. Le sentiment de leur existence s’efface avec celui de leur utilisation. Pour qui n’arrive plus à y insuffler des velléités d’action, elles retourneraient au néant. Le pouvoir de se communiquer aux choses serait donc nécessaire pour en percevoir la réalité. C’est au sens large, encore le don de sympathie qui serait en défaut.

Sous un troisième aspect enfin se fait jour la même impuissance à douer de vie et de réalité les personnes ou les choses : « Mon fils ? il n’existe pas. Mes yeux voient dans l’autrefois. Mes oreilles entendent un son. Tout est néant. Rien ne pousse… Non, mon fils n’existe pas, il n’a pas poussé. C’est ma donnée ici. Les sexes réunis ne produisent rien. Rien ne pousse pas plus que les fruits et les pommes. Les escaliers ne poussent pas. C’est une réalité de la vie pour moi-même… Mon enfant a été créé ailleurs, ici rien ne pousse ». Rien n’existe donc que ce qui pousse, et tout ce qui ne pousse pas se défabrique. « Les choses ne poussent pas à la Salpêtrière… Je suis prise de la non poussée des choses et de la non poussée des corps. La parole est défabriquée, je ne peux pas le soutenir comme ça… Les paroles que j’entends ne sont pas vécues. Elles ne sont pas vécues, les choses ne ‘poussent pas. » Dans les choses, dépouillées de réalité immédiate, il faudrait du moins percevoir ce qui les fait subsister et devenir. Le donné, le tout fait manque d’existence, rongé par le doute, qui jamais ne trouve où s’arrêter : « Ce tapis existe pour vous ? Pas pour moi, les tissus ne poussent pas, le masculin ne pousse pas. C’est un terrain féministe entre quatre murs qui me sortent du cou. Tout est pondu, rien ne se crée. J’ai dû renier mon corps… Les nourritures viennent toutes prêtes et toutes préparées… Je suis sur un terrain inculte, 120.000 ans, avec des corps inconnus. Je suis séparée des miens depuis 650.000 heures. Les corps sont des cailloux, les femmes sont sans époux, les enfants sans mère. Je travaille pour refaire les choses, je suis séparée de tout contact humain, les choses ne poussent pas. »

Simultanément elle exprime l’absence de contact et de sympathie avec autrui, le regret des heures vécues, son inaptitude à saisir le devenir et la formation des choses, son impuissance à leur trouver de la réalité. Elle remonte ainsi à la source de leur irréalité, qui est [p. 74] sa propre impuissance à éprouver le sentiment de vivre, d’où résulterait la vie des choses. « Les heures d’aujourd’hui, je ne les vis plus. Elles ne sont plus à moi, ma tête est pleine d’illogisme… Il n’y a que les choses vécues de ce monde qui m’ont aidée à vivre dans la Salpêtrière… Il n’y a que la vie vécue en vrai. Je ne l’obtiendrai jamais. Ce n’est plus vécu au bout de tant d’années. Les années ont tout fait fuir en moi. » Seul le passé qui fut vivant l’a soutenue. Mais il ne saurait continuer à la soutenir, depuis tant d’années que tout est sans vie autour d’elle et en elle.

« J’ai eu la vie pendant 50 heures. Tant que je suis vivante, tout existe. » Mais ajoute-t-elle : « Je suis prise de la débâche universelle des choses… Toute la Salpêtrière s’est défabriquée ; c’est tout à fait dissolu. Je ne puis pas dire combien je souffre. Toutes ces mortes autour de moi, vous pensez, et ça me fait quelque chose. Je cache sous les morts la première minute des 70.000 heures. Je soutiens mon enterrement parmi les hommes. Reconnaissez-vous votre mari ? Je réponds : oui, j’ai ressoutenu ; il s’est débâclé sous mes yeux… Tout mon monde a décanillé à 570.000 heures. On m’a cachée dans des murs, et [on m’a caché ?] la lumière sans interruption ; et je couche trop dans des murs. Ce qui me fatigue, c’est de fabriquer tout le passé, et puis il ne me laisse pas vivante, puisque mes matières tournent en choses. Et c’est dans le présent que je me lève, il n’y a plus que des chaises ; mes compagnes tournent en chaises et elles piétinent comme cela, et c’est des pétarades, pétarades Salpêtrière et des vive la Salpêtrière… La parole est défabriquée, puisqu’il n’y a plus que des enfants. Elle doit exister tout de même. Je ne sais pas, mais enfin c’est surhumain ce que je vous parle. Ce n’est pas des besoins de vie. C’est en dehors de la vie. C’est même intérieur. »

Derrière cette dégradation des choses qui n’en laisse subsister dans son langage que des images concrètes ou grossières, derrière l’irréalité qui envahit son ambiance, la malade reconnaît pourtant la faillite d’un principe interne, d’un principe qui est en elle. Il n’y a pas déduction ni raisonnement de sa part, mais sentiment immédiat. Des idées de négation personnelle, un syndrome de Cotard s’accolent au délire psychasthénique. Ce sont les deux faces du même trouble intime. [p. 75]

La négation flue et reflue entre des limites variables. Parfois elle se borne, comme chez une malade de Targowla, Lamache et Daussy (7) à soustraire de l’âge réel les années qui ne donnent pas l’impression d’avoir été vécues : « J’ai quarante-trois ans seulement, bien que cinquante-quatre, parce qu’à la Salpêtrière, je ne vis plus. » D’autres fois c’est le principe intime de sa vie qui est supprimé, ou sa personnalité morale et sociale : « J’ai fini la vie interne de mon corps ; mon âme a fui, mon esprit a fui. La pensée est morte en moi-même, mon esprit aussi. Ce sont des personnes sympathiques qui me font vivre ici. Ce sont des dames. L’âme est restée en l’air. Il ne reste que les corps, les os, la chair et la peau. Je ne suis ni épouse, ni mère, ni femme. Je n’ai qu’un corps. Je suis très bonne pour ces dames, mais je suis annihilée dans mon corps. Pour vous faire comprendre, je ne suis ni épouse, ni mère, ni femme. Vous voyez que je vous donne les données. »

Quand il s’agit de son corps, la négation semble parfois rester plus extérieure et découler plutôt de l’irréalité ambiante : « Une seconde fois j’ai été reprise du néant. J’ai renié le corps que ma mère m’avait fait, puisque je suis prise de la défabrication des corps. » Elle peut faire place à des idées de transformation physique : « Je n’ai donc pas ma même bouche. J’ai quitté la vie. On comprend que je n’aie pas la même bouche qu’en arrivant à la Salpêtrière. Je n ‘ai plus ma bouche de clientèle. » Encore une fois se rencontre la confusion du concret et du moral ; un organe est synonyme d’une certaine activité ; la bouche désigne les anciennes relations de commerçante à clientes. La négation corporelle procède donc d’un sentiment très général d’irréalité ou de négation. Elle ne saurait être imputée à une simple altération de la sensibilité organique. « Ma personnalité fuit, dit encore la malade, je ne suis rien. Mes bras sont à tout le monde et pas à moi. » C’est ici enfin la simple dépossession physique qui vient à l’appui des idées de négation. Le corps ne leur sert que de moyen pour s’exprimer. La cénesthésie n’est pas en cause. [p. 76]

Des idées d’immortalité et, à l’état d’ébauche, des idées d’énormité complètent et authentifient le syndrome de Cotard : « Je ne mourrai pas, vous ne me verrez pas mourir. Ce qui mourrait, sauf la parole vécue des choses, c’est la solidarité du fer. Si je n’avais pas eu des corps hurlants à côté de moi. Les personnes disparaissaient et reparaissaient… Donc quand je suis arrivée, j’avais quarante-trois ans, je suis restée à quarante-trois ans. Je ne peux pas diminuer, je ne peux pas vieillir ni mourir. Il faudrait que j’aie des murs intérieurs comme çà. Vous voyez que je suis renseignée… Il faut que mes chairs périssent ! Comme cela elles n’ont pas d’âge… Je n’ai pas assez de réalité pour mourir… » L’immortalité, ou plutôt l’impossibilité de mourir et même de vieillir, n’exprime que l’impuissance à éprouver ou à concevoir le changement. L’aspiration à la mort devient un équivalent de l’aspiration à la vie. La négation de la mort et celle de la vie se confondent. C’est la même négation, dont les deux aspects ne sont contradictoires que dans le monde des événements et des faits, dans le domaine de la succession et du changement. Mais précisément le changement et la succession sont abolis, l’événement ne peut plus exister, puisque le sujet ne sait plus le vivre, puisqu’il reste en dehors de ce qui se renouvelle et de ce qui passe. L’état qu’il subit, supprimant ses relations avec l’ambiance, avec les particularités de l ‘ambiance, la contradiction n’est que dans sa manière de l’exprimer. Et elle est nécessaire, parce qu’effectivement rien ne peut être exprimé qu’en termes de choses et d’existence.

L immutabilité universelle s’impose à lui comme une sorte d’évidence immédiate, qui traduit l’état de suspension où reste sa pensée. Mais rien ne s’oppose à ce qu’il ait le souvenir de sa pensée se mêlant au déroulement des choses. Il peut juxtaposer et affirmer simultanément ces deux phases, pourtant incompatibles s’il s’agit de les envisager ensemble dans la durée, et de leur donner pour commune mesure le temps chronologique, dont l’intelligence s’est fait un mode de classement rigoureux. C’est ainsi que le mystique peut lui aussi s’évader de sa vie temporelle et vivre pendant quelques instants de la vie éternelle. « Le jour où vous mourrez ? » demande-t-on à la malade. — « Je ne sais si je suis mourable ou non. Il y a quelques années j’étais éternelle, cela se basait sur moi-même. Je ne devais pas mourir, c’était la donnée de quelques années avant. Prisonnière de [p. 77] la mort, je l’ignore. J’ignore ce qui fait qu’on meurt. J’ignore qu’on meurt après avoir vécu. Je dois être une éternelle levée. Je dois être entourée de personnes qui s’agitent. Je vous ai donné le pourquoi du néant de mon âme, et vous l’avez compris. »

Les idées d’énormité sont de la même source. Elles expriment souvent sans doute l’immensité de la détresse, qui dépasse toute mesure possible, c’est-à-dire toute limite imaginable dans l’espace et dans le temps ; mais elles traduisent aussi la simple incapacité de vivre le réel, d’en faire le motif variable de la vie psychique. De là ces milliers d’heures, d’années et même de siècles que la malade invoque d’un bloc. De même le reniement de son enfant, qui n’est pas à elle, « mais au monde » ; ou encore des formules comme : « Je me lève dans le jour éternel. » Au total, c’est un mode d’expression qui, chez elle, reste assez fruste.

Exclusivement assujettie à sa subjectivité, il n’est pas surprenant que, sous d’apparentes contradictions, elle en traduise les pulsations, les revirements parfois soudains, les protestations. Dans l’instant où elle dit sa tête prisonnière du fer, prise par la fabrication des choses, elle s’écrie : « Mais ma tête est à moi ! » Elle oppose aussi sa « tête interne au néant, au néant, au néant ». Et parfois même l’opposition devient dédoublement. Elle ne choisit plus, elle juxtapose : « Je soutiens les noms de la Salpêtrière. Je soutiens tout dans la Salpêtrière. Il faut que je retourne par la tête d’où je suis venue. J’ai deux intelligences à donner. J’avais deux mondes et deux intelligences : une à donner dans la Salpêtrière, et l’autre dehors, qui n’appartient à personne, qui m’appartient à moi. — Alors si vous parliez de la Salpêtrière ? — Je serais suivie par les faux corps, par les folles. Je ne me fais plus comprendre et ça me fatigue. Je ne suis plus solidaire de personne et c’est ce qui me fatigue. »

En réalité, si elle est prise dans une contradiction irréductible, c’est par suite de son impuissance à maintenir les distinctions qui sont le plus essentielles à l’exercice de la pensée. Son accaparement par les choses qu’elle pense a pour contre-partie cette illusion que les choses existent seulement dans la mesure où elle les pense. Elle [p. 78] confesse le subjectivisme, l’idéalisme le plus naïf : « D’où vient le sucre de la pomme? Il vient de moi… La Salpêtrière n’existerait pas si je n’y étais pas. Comment voulez-vous qu’une chose existe, quand on n’y est pas ? Je suis immortelle… Je mourrai sans que jamais personne me connaisse, jamais personne ne saura qu’il y a un service à la Salpêtrière… Il n’y a pas de différence entre Dieu et moi ; c’est moi qui lui ai donné de quoi vivre à La Salpêtrière ; il n’existe que par moi. C’est moi qui ai donné le nom de Dieu. Il ne se fabrique pas lui seul, mais il a existé jusqu’à 3.000 heures… Il faut que je meure comme cela sous le fer. »

Sa disparition entraînera donc la disparition réelle de ce qui est dans sa pensée, et qui lui paraît exister par sa pensée. Mais inversement elle s’attribue l’âge et la durée des choses qu’elle pense : « Je suis prise de la fabrication des choses, si bien que j’appartiens aux temps préhistoriques. Je suis prise du néant. Du moment que j’arrive prise du néant, je remonte aux temps préhistoriques. » Le sujet qui pense et l’objet de la pensée se confondent. Elle ne sait plus les délimiter. Ils sont tout l’un dans l’autre. Il en résulte des invraisemblances dont elle se lamente : « Ma tête est pleine d’illogisme. J’ai tort de faire vivre trente-six ans des personnes qui n’en ont que huit. » Huit ans c’est l’âge de toutes ses compagnes, qu’elle connaît seulement depuis ses huit ans d’internement. Trente-six ans c’est l’âge qu’elle s’attribue et par conséquent aussi à l’objet de ses pensées, c’est-à-dire toujours à ses compagnes. Pour les mêmes êtres deux de ses durées personnelles sont en conflit.

Mais elle ne peut échapper ni à l’évidence de ses souvenirs, ni à celle de ses origines : « Dans mon ancien monde à moi, dit-elle, puisqu’il faut bien que j’aie été fabriquée quelque part. Je suis obligée de fabriquer un nouveau monde… J’ai bien dû avoir un créateur. Je dois tout fabriquer par la tête dans la Salpêtrière. Dieu était créé, j’ai dû créer Ève et Adam. Il aurait été comme moi. J’arrive sans douleur de ma mère, j’ai tout redonné par la tête. » À la facilité d’être ou de naître, elle oppose la fatigue d’avoir à créer un monde par la tête ou par la pensée. Sans doute est-ce le contraste que chacun peut éprouver entre la vie naturelle et le travail de la connaissance. Mais elle ne sait plus discerner entre l’effort de connaître et la réalité concrète, entre la représentation et l’être. « La parole, la pensée, c’est [79] de moi-même que cela vient. Je fabrique le médecin, je me fabrique un juge par la tête, mais le juge me barre la route. »

Dans cette formule imagée tient toute l’antinomie de la pensée à ses débuts ou à son déclin. Pas de réalité démontrable, sinon la réalité pensée. Mais faute d’avoir rompu cette identité initiale de la réalité et de la pensée, l’esprit ne peut dépasser aucune de ses représentations actuelles ; il se confond à tout instant avec chacune d’elles, et par elles avec ce qui existe d’une existence absolue, c’est-à-dire sans relation avec quoi que ce soit. Or toute pensée vraiment active est de relation. Il faut donc que dans chacune de ses représentations l’esprit arrive à dissocier deux ordres ou deux règnes différents : l’ordre de la réalité, qui subsiste indépendamment de la représentation, et l’ordre de la pensée, qui se meut sans impliquer nécessairement la réalité actuelle ni même éventuelle de son objet. C’est entre ces deux ordres que notre malade ne sait plus faire la liaison ; elle oscille de l’un à l’autre. Ce sont deux ordres de créations qui sont devenus inconciliables et entre lesquels elle se sent disputée. En une sorte de raccourci pascalien elle s’écrie: « Je suis obligée de donner dans la tête plus que dans la nature. »

Pour définir son cas, plusieurs points de vue sont possibles. Celui des phases évolutives : fille d’un aliéné, dont la psychose paraît avoir été à manifestations rémittentes ou intermittentes, et qui par suite était peut-être atteint de folie maniaque dépressive, elle aurait toujours été une excitée, son excitation portant surtout sur la sphère du langage. Vers trente-six ans, se développent des troubles névropathiques ou mentaux, dont la nature et les alternatives nous sont mal connus, mais où paraissent avoir prédominé les malaises propres aux neurasthéniques. A quarante-quatre, ans une crise de dépression anxieuse avec idées de culpabilité, de persécution et tentative de suicide rend son internement nécessaire. A l’asile, elle présente des crises de logorrhée d’allure maniaque, mais souvent inintelligibles et semées de néologismes ou de locutions stéréotypées. Elles finissent par s’espacer et semblent lui causer une répugnance croissante. Certains jours, elles n’apparaissent qu’après quelques [p. 80] instants de conversation et de mise en train, ou même sont évitées sous le prétexte qu’elles sont trop fatigantes pour la malade et inutiles, parce que d’une compréhension trop difficile pour l’interlocuteur.

Leur contenu est tantôt injurieux et ordurier, tantôt en rapport avec des idées dont il est possible de déchiffrer le thème grâce à certains leitmotivs qui ne cessent de s’entremêler. Au début c’était un délire d’influence : la malade se croyait possédée par des voix utilisant son corps et ses organes. Progressivement les troubles se font moins massifs, la possession cesse de s’exprimer physiquement, c’est une possession mentale en rapport avec du mentisme, des sentiments d’obsession et d’irréalité. Ce syndrome psychasthénique se double d’un syndrome de Cotard, dans lequel les idées de négation et d’immortalité sont nettement affirmées, les idées d’énormité seulement ébauchées. La malade qui se cantonnait d’abord dans une solitude farouche est devenue par la suite plutôt serviable et bonne pour ses compagnes. Mais le délire a survécu aux périodes aiguës de la psychose. Récemment MM. Targowla, Lamache et Daussy rangeaient dans la manie chronique une malade qui n’est pas sans analogie avec celle-ci. Ce diagnostic pourrait lui convenir aussi tant il cause de ses antécédents que de l’évolution et des manifestations paroxystiques de la psychose.

La difficulté serait plus grande de faire le diagnostic d’après le contenu du délire. Mais l’intérêt que présente son étude n’en est pas diminué, bien au contraire. Il se montre, simultanément ou tour à tour, sous les espèces d’idées de possession, d’irréalité, de négation, d’immortalité. Son polymorphisme et l’évidente solidarité mutuelle de ses manifestations montrent bien l’insuffisance des théories qui supposent dans l’activité mentale des compartiments clos et des systèmes fractionnés, comme il y a des noyaux et des centres distincts dans le système nerveux. S’il est incontestable que le délire, ainsi que tout fait psychique, doit avoir des conditions organiques, des concomitants physiologiques, c’est compromettre ce postulat indispensable que de les imaginer comme une simple réplique de résultats obtenus par une analyse purement symptomatique ou idéologique. De même qu’il était arbitraire, et finalement inconcevable, d’interpréter les lésions de l’aphasie comme la destruction d’éléments, représentant [p. 81] individuellement chacun les images, dont la somme aurait, suivant une psychologie bien simpliste, constitué la fonction du langage, — de même il ne saurait être question de décomposer les idées ou sentiments d’influence et de possession en autant de systèmes qu’il paraît y avoir d’images, de mouvements ou de pensées, dont le sujet ne sait plus se reconnaître l’auteur ; puis de supposer à chaque système comme tel un substrat organique ; et enfin d’imaginer qu’il y a simple désagrégation ou désaccord mécanique entre les groupements de neurones qui sont censés répondre aux différents automatismes sensoriels, moteurs et intellectuels. Loin d’en être en quelque sorte la doublure et d’être liées à chacun d’eux comme l’ombre l’est à la chose, les idées d’influence ou de possession sont sans individualité initiale et ne font que se chercher dans les différents aspects et réactions de la vie psychique un moyen de s’exprimer, qui souvent d’ailleurs reste variable, ambigu et incertain. Ainsi s’explique qu’elles puissent les combiner diversement, les essayer tour à tour avant de se fixer, ou se transposer des uns dans les autres.

C’est par une illusion toute semblable que les idées de négation sont encore communément rapportées à des troubles de la cénesthésie, dont il n’y a pas le plus souvent d’autres preuves que les idées de négation elles-mêmes. S’il arrive d’ailleurs qu’ils s’expriment directement, comme ces malaises de la nuque, des yeux et de la tête dont se plaint notre malade, alors la démonstration est faite qu’ils ne jouent dans le délire qu’un rôle bien épisodique. La persistance de cette théorie a priori ne peut s’expliquer que par la tendance à imaginer, au travers de la cénesthésie, des troubles organiques qui seraient sur le modèle des manifestations psychopathologiques ; et aussi par la croyance sensualiste à une similitude exacte entre le contenu de la pensée et celui des sens. Pour qui voit dans la connaissance la simple projection en images mentales des impressions périphériques, il faut à tout état de conscience un prototype périphérique. Tel est le rôle qui a été dévolu à la cénesthésie pour tous ces états de conscience qui ne sauraient être imputés à des stimulations exercées par l’ambiance sur les sens. Avec un réalisme simpliste, les idées de négation ont été ainsi rapportées à de l’anesthésie viscérale et organique. Mais comme les idées de possession, elles ne cessent, tout en se cherchant souvent dans l’organisme et dans ses [p. 82] parties un moyen d’expression concrète, de le dépasser, et de porter sur des opérations mentales ou sur des sentiments de personnalité, qui sont sans commune mesure avec un organe ou une de ses délimitations quelconques.

S’il est indubitable qu’il faut supposer à toute opération ou trouble psychiques des conditions organiques, et que c’est une tâche essentielle de les chercher, mais avec des méthodes appropriées, il est non moins évident que l’analyse psychologique n’aboutira jamais qu’à des données psychologiques. En exprimant ses idées de possession, d’irréalité, de négation, la malade atteste son impuissance à maintenir certaines distinctions, qui sont fondamentales dans l’exercice normal de la pensée : distinction de l’intime et de l’extérieur, de soi et d’autrui, de l’activité mentale et de l’objet, de la représentation et du réel. Si élémentaires et nécessaires qu’elles paraissent, ce sont des distinctions acquises. L’étude du primitif et celle de l’enfant le démontrent. La pensée est un effort pour dépasser l’actuel, c’est-à-dire la situation ou l’ensemble des circonstances auxquelles l’individu est en train de réagir, si complexes que puissent être d’ailleurs le jeu de ses réactions, le mécanisme de ses réflexes inconditionnés ou conditionnés, et le passé qui s’y intègre. Quand naît la représentation et quand le langage, d’abord purement émotionnel et volontariste, s’y ajuste, le dédoublement devient possible entre les incitations actuelles et l’éventuel qui les dépasse ou les complète. Mais avant de se reconnaître indépendante de son objet, la représentation croit lui être identique, si bien que l’enfant tient pour réel tout ce qu’il imagine ou raconte. Longtemps encore elle lui reste substantiellement unie, d’où les pratiques de la magie. Pour que ce stade soit dépassé, il faut que le langage et la représentation aient définitivement conquis une valeur symbolique, c’est-à-dire qu’ils aient cessé de se confondre avec leur contenu et par leur contenu avec le réel. Il faut qu’ils soient au contraire devenus un moyen d’évoquer ce qui n’est pas actuellement donné et de le signifier, sans même qu’il soit nécessaire d’en évoquer le détail. C’est ce qui se produit constamment dans le développement d’une pensée en accroît la portée et la rend efficace. Mais cette indépendance entre l’ordre de la pensée et l’ordre des choses suppose qu’en utilisant le symbole-mot et le symbole-représentation, le sujet sait à [p. 83] tout instant mettre le réel en dehors des formules, qui occupent momentanément son esprit. Du même coup il se distingue lui-même et de ses pensées successives et de l’être universel, qui subsiste indépendamment de lui.

Ce sont des interférences vicieuses entre ces trois plans distincts, qui s’expriment dans les idées de possession et de négation. L’aliéné n’est pas comme l’enfant, qui ne sait encore pas les distinguer. Il est loin d’en avoir perdu la notion, et c’est même pourquoi il est torturé et comme dans un perpétuel bouleversement de sa raison, de sa vie psychique, de son équilibre mental. Mais il n’arrive plus à maintenir entre eux l’intervalle nécessaire. La cause paraît en être dans ces troubles que le sentiment d’irréalité traduit le plus immédiatement. C’est l’impuissance à doter les choses, telles qu’elles s’offrent et s’imposent, de vie et de réalité, par impuissance à y projeter ses velléités d’action, ses besoins, sa sympathie.

Pour diminuer le vague de ces constatations, et pour mieux définir les insuffisances psycho-physiologiques dont elles sont la conséquence, il n’y a pas d’autre voie que de rechercher et d’analyser des cas analogues à celui-ci. Les ramener à quelque principe philosophique tel que l’élan vital ou autres entités du même genre ne servirait à rien. La philosophie n’est pas faite pour combler les lacunes de l’observation et de l’expérience. Elle suppose l’expérience sous toutes ses formes, spéculatives et pratiques. Elle en ordonne le contenu et les rapports, en définit le sens. Mais elle n’a pas à s’y substituer. Sans avoir des effets aussi manifestement extravagants que les interférences d’où résulte le délire de négation, celles de la philosophie et du savoir positif ne peuvent aboutir qu’à des non-sens. Mon dessein en publiant cette observation est qu’elle puisse susciter des discussions utiles.

Henri Wallon.

Notes:

(1) J’ai signalé ailleurs que l’impression combinée de gône ou de fatigue dans la nuque et dans l’accommodation visuelle (asthénopie), dont nombre de neurasthéniques se plaignent, en même temps (lue de leur impuissance à fixer leur attention, est en rapport avec le système oculo-céphalogyre, qui combine les contractions des muscles intéressés dans l’acte d’appréhension visuelle ou mentale.

(2) De certains langages créés par des aliénés. Th. de Paris, Jouve.

(3) La conscience morbide, 2e édition, Alcan, 1928.

(4) Il s’agit de malades assises, celles qui demeurent dans les salles, qui ne se déplacent pas dans le service, et que leur va et vient ne rend pas fatigantes à imaginer.

(5) La malade était dans un service de chroniques adultes, où il n’y avait ni enfants ni jeunes filles.

(6) Ses compagnes. Le neutre tend sans cesse à remplacer le féminin.

(7) Encéphale, 1925, XXII, 5, 381-384.

  • Source: Journal de psychologie normale et pathologique