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L’enseignement en Chine

L'enseignement en Chine
written by Paul Langevin
1933
  • L'ENSEIGNEMENT EN CHINE
  • Conférence faite au Musée Pédagogique par M. Paul Langevin, Professeur au Collège de France

J'ai eu la bonne fortune, en 1931, de passer trois ou quatre mois en Chine, en qualité de membre d'une mission. envoyée par la Société des Nations pour étudier l'enseignement public et donner éventuellement des conseils pour son perfectionnement. Le résultat s'est traduit par un rapport officiel établi par les quatre membres de la mission qui appartenaient à des nations diverses et représentaient des disciplines différentes : MM. Becker, allemand, orientaliste ; Falski, polonais, philosophe ; Tawney, anglais, économiste, et moi-même, physicien. Tous quatre se sont rencontrés de façon remarquable et imprévue dans leurs opinions et conclusions. Aussi, les impressions que je vais donner, dans cette conférence, ne sont-elles pas seulement des impressions personnelles, mais on peut dire qu'elles représentent en quelque sorte « l'opinion des Occidentaux » sur l'effort qui se fait actuellement en Chine, pour réaliser une synthèse de la magnifique civilisation ancienne de ce pays et des nécessités de la civilisation actuelle. Je ne pourrai donner ici qu'un résumé de ces impressions, et les questions posées, en fin de séance, par les assistants permettront de préciser et aideront à dégager de l'expérience chinoise ce qu'il peut y avoir d'intéressant au sujet de nos propres problèmes d'enseignement. Car, au fond, les problèmes pédagogiques sont partout les mêmes, aucun pays du monde n'ayant encore établi de système d'instruction publique absolument adapté aux nécessités multiples de la vie collective actuelle.


HISTORIQUE


La transformation à laquelle je fais allusion et qui représente un effort considérable ne remonte guère qu'au début de ce siècle, et c'est même seulement dans les dix dernières années que quelque chose d'important a été fait pour le développement de l'enseignement élémentaire et la lutte contre l'ignorance. Autrefois — avant la Révolution de 1911 — l'Enseignement n'avait aucun caractère officiel. Il n'y avait, dépendant du gouvernement, pour toute la Chine, que des examens permettant de choisir les fonctionnaires de tous ordres, civils et militaires, du plus bas emploi jusqu'au plus élevé, celui de représentant direct de l'empereur, de gouverneur de province.

Ce système était foncièrement démocratique, puisque aucune condition autre que celle d'avoir passé l'examen du degré précédent n'était requise des candidats à tel ou tel poste. Les examens supérieurs (ceux de gouverneur) étaient contrôlés par l'Empereur en personne qui, dans une salle de son palais, assistait aux dernières formalités. Il sanctionnait en outre le résultat, en donnant une de ses filles en mariage au candidat reçu le premier à l'examen le plus élevé. La situation des fonctionnaires dépendait donc uniquement de leur savoir et ne faisait nullement entrer en ligne de compte la fortune ou la naissance. Toutefois, ce qui n'était point organisé officiellement, c'était la préparation à ces examens... Les familles aisées avaient des précepteurs et organisaient chez elles de véritables écoles privées, auxquelles s'instruisaient aussi bien les enfants des serviteurs que ceux des maîtres, et mêmes les enfants pauvres du voisinage, qui pouvaient également, s'ils en avaient l'aptitude, se présenter aux examens et qui, s'ils réussissaient au début trouvaient autour d'eux les appuis nécessaires pour continuer, tant est grand, dans ce pays, le respect des choses de l'esprit. Ces examens étaient fondés sur la conception chinoise de la morale : l'Homme doit agir sur lui-même plutôt que sur la nature, et attacher l'importance essentielle à son attitude envers les autres hommes. Les règles de la conduite humaine se trouvent dans les livres de grands penseurs et philosophes, qu'on peut appeler les «classiques» chinois. C'est là qu'il faut apprendre les règles qui ont été établies par les sages dans le passé, afin de pouvoir les appliquer aux nécessités du présent. Il en résulte immédiatement que le gouvernement des hommes doit se faire, non pas en s'appuyant sur des lois codifiées comme le font les Occidentaux, mais par interprétation de textes et d'exemples. Ainsi, jusqu'à la révolution de 1911 les fonctionnaires chargés du pouvoir exécutif au nom de l'Empereur, du puissant gouverneur de province au simple chef de district, devaient agir en se basant uniquement sur leur conscience. Le magistrat était désigné par une expression signifiant «père et mère» du peuple, ce qui montre bien que l'autorité exercée était essentiellement une autorité familiale, un autorité de «clan». Les classiques donnaient à ces fonctionnaires plutôt des éléments de jurisprudence que des lois proprement dites. Par les examens on cherchait à choisir les hommes qui connaissaient le mieux le passé et qui pourraient le mieux l'appliquer au présent. Des censeurs, des contrôleurs assistaient tous les fonctionnaires (y compris l'Empereur) pour s'assurer qu'ils exécutaient bien cette interprétation des textes classiques. On peut dire en conséquence que la Chine était soumise à cette trinité : pouvoir exécutif, pouvoir des examens, pouvoir de contrôle. Dans la nouvelle constitution l'organisation chinoise s'est efforcée de réaliser une synthèse. Au pouvoir exécutif accompagné du pouvoir législatif et du pouvoir judiciaire, comme dans les constitutions occidentales, on a maintenu associé l'ancien pouvoir des examens et le pouvoir de contrôle. Cette institution ne fonctionne pas encore de façon parfaite et sans à-coups. Il faut se représenter tous les obstacles qu'on a pu rencontrer dans l'application d'un système qui a été conçu en pleine abstraction et mis en fonctionnement au milieu de mille difficultés intérieures et extérieures. La façon dont l'instruction était donnée aux enfants pour préparer les examens (commentaires des textes) est assez particulière au point de vue pédagogique et, si l'on en doutait, elle serait une illustration de plus pour montrer comment tous les pédagogues du passé, même les plus illustres, se sont trompés en considérant l'enfant comme une «réduction» de l'homme. N'est-ce point d'ailleurs tout récemment que dans nos pays on s'est mis à étudier la psychologie de l'enfant en tant qu'enfant et à voir qu'elle différait de la psychologie de l'adulte? Les pédagogues chinois ont commis la même erreur. On faisait apprendre aux enfants les caractères chinois dont chacun correspond à un de nos mots ; en se bornant à les faire reconnaître par leur forme et leur son, sans chercher à établir, en même temps, une liaison précise avec le sens représenté. On estimait que celui-ci viendrait par intuition, plus tard par des rapprochements entre les textes, et alors, se ferait, progressivement, la formation des idées. J'ai vu ce système encore en fonctionnement dans une toute petite école d'ancien type, à Hang Tchéou. C'était une école organisée par un fermier, dans sa propre maison. Une cloison, qui ne montait même pas à hauteur d'homme, séparait la classe du reste de la salle. Une autre la séparait de la porcherie. Là, cinq ou six enfants étaient occupés à apprendre un des premiers livres de lecture chinois sous la direction d'un vieil homme. Du matin jusqu'au soir, ils étudiaient par coeur les signes du livre ancien sans en comprendre en rien la signification, et devaient réciter le texte, très vite, en tournant le dos au maitre, sans regarder le livre ni être guidés le moins du monde. Il est remarquable qu'avec un pareil procédé la. mémoire complaisante des enfants réussisse à accumuler un matériel énorme. Il ne reste plus qu'à attendre que s'établisse peu à peu, dans l'intelligence, une clarification des idées : on comprend ainsi beaucoup plus tard les choses apprises dans la jeunesse. Pour ceux qui y parviennent, il est certain qu'ils ont une connaissance extraordinairement vaste et approfondie des textes. Actuellement on a abandonné ce système et, dès le début, on établit une correspondance entre le signe et la chose signifiée. Ce n'est que vers la fin du XIXème siècle que, sous l'influence occidentale, le dernier Empereur a tenté un effort pour réformer l'enseignement. Des universités, des écoles secondaires et primaires ont été fondées. Mais ce ne fut point sans heurt, l'impératrice douairière représentant la tradition et la défendant de toute sa puissance. L'Empereur paya cette tentative de sa vie même et la réaction des Boxers qui s'attaqua à tout ce qui était étranger en fut aussi un résultat. Cette réaction — parfaitement compréhensible à certains points de vue, étant donnée l'histoire des relations de la Chine avec les puissances occidentales,— fut jugulée par une force militaire internationale. et une indemnité importante demandée à la Chine. Cette indemnité versée à chacune des dix-neuf nations ayant pris part à l'expédition contre les Boxers fut établie au prorata des préjudices subis. En outre, il fut convenu que les sommes ainsi versées par la Chine seraient affectées au développement des rapports entre la Chine et les pays occidentaux -- en particulier au titre enseignement. C'est ainsi que les Etats-Unis en premier lieu, puis la France, l'Angleterre, l'Allemagne... ont créé en Chine des écoles secondaires et des Universités pour former un personnel dirigeant initié aux méthodes occidentales. Entre autres, les Américains ont fondé, à Pékin, la grande Université de Tsing Houa où les études se terminaient par l'attribution de bourses de séjour en Amérique pour les étudiants chinois. Les Universités américaines, en Chine, ont été développées principalement sous l'inspiration des missions protestantes. D'autres, comme celle de Shanghaï ont été développées par des Français ; d'autres par des Anglais, des Allemands. Il n'y avait, naturellement, aucune unité d'inspiration, aucune liaison, aucune coordination entre ces établissements d'origines et d'inspirations si diverses. Leur répartition entre les diverses régions était très inégale et sans rapport avec les besoins du pays. Des écoles élémentaires avaient été créées, surtout par des missionnaires catholiques, dans un but de propagande confessionnelle. Il ne semble pas que celle-ci ait été couronnée de succès. Le Chinois a une vie morale aussi élevée que la nôtre, il avait peu de chose à venir chercher dans ces écoles..., si ce n'est une aide aux difficultés de sa vie matérielle... La situation s'est trouvée changée lorsque le gouvernement de 1911, la république de Sun-Yat-Sen, a remplacé l'ancien empire. L'énorme groupe humain çhinois (environ 450 millions d'hommes), compte une quarantaine de millions d'enfants d'âge scolaire. Problème formidable que de donner l'instruction à cette foule ! Il est réellement remarquable qu'au milieu des difficultés innombrables et si diverses qui l'assaillaient, le gouvernement chinois soit parvenu à créer déjà, en quelques années, des écoles pour huit millions d'enfants. Un plan, très précis, est prévu pour donner peu à peu l'instruction à tous les enfants de la Chine entière. Rien ne peut mieux donner une idée complète de la question que la lecture des «buts» poursuivis et qui sont les suivants :

  • 1) Développer l'esprit national chez cette énorme masse d'hommes, qui forme à peu près le quart de l'espèce humaine, en se fondant sur la vieille civilisation chinoise.
  • 2) Réaliser la démocratie en enseignant les vertus civiques, le respect de la loi, la loyauté.
  • 3) Réaliser la justice sociale en fournissant au peuple les moyens matériels de vivre par le perfectionnement des techniques, par le développement de l'enseignement professionnel et de l'activité créatrice.

Les Comités réunis pour réaliser ces buts ont décidé de créer une organisation générale de l'instruction publique, — un ministère de l'Education Nationale — en remplacement du service des examens. Ce ministère, conçu à peu près sur le même plan que le nôtre quant aux diverses directions et aux divers services, n'a encore qu'un développement très limité. L'organisation se fait d'ailleurs plutôt par des initiatives locales que par des directives de l'organisme central. La Chine compte actuellement dix-huit provinces et les trois territoires de Mongolie, du Thibet, de Mandchourie. Le gouvernement central s'occupe des Universités, celui des provinces a plutôt l'initiative pour les écoles secondaires. Enfin les écoles primaires sont surtout du ressort des «districts», qui sont comparables, comme importance, à nos départements. Ces districts sont subdivisés en parties analogues à nos cantons. Les ressources pour les services de l'instruction publique sont surtout fournies par les villages ou les cantons, les districts contribuant encore peu. L'initiative privée continue d'ailleurs à jouer un rôle très important. Tout un système d'inspection est organisé, ou du moins prévu, car, pour l'instant, le nombre des inspecteurs est peu élevé. A titre d'exemple voyons comment les choses se passent dans une des plus riches provinces de la Chine, le Tché-Kiang dont la capitale est Hang-Tchéou. Il n'y a pas de budget général, mais des recettes particulières pour chaque catégorie de dépenses. Il existe ainsi une liaison directe entre les contributions et le but pour lequel elles sont versées ; ainsi la taxe sur la terre est destinée au budget national d'administration publique, telles autres alimentent les besoins des provinces, telles autres enfin l'enseignement primaire. Citons parmi ces dernières une taxe sur les succédanés du riz ; des droits spéciaux d'enregistrement ; une surtaxe de boucherie, la taxe sur le luxe, celle sur les ventes d'immeubles, sur les superstitions, etc...


IDÉE D'ENSEMBLE DU SYSTÈME ACTUEL D'ENSEIGNEMENT EN CHINE


Enseignement primaire

  • A) Ecoles maternelles (ou Kindergarten), développées uniquement dans certaines villes et ne concernant qu'une infime partie des enfants.
  • B) Ecoles primaires inférieures (scolarité : quatre ans ; enfants de 6 à 10 ans).
  • C) Cours supérieurs des Ecoles primaires (scolarité deux ans).
  • D) Les enfants peuvent alors passer dans l'Enseignement secondaire ou bien aller dans des « Continuation Schools », analogues à nos cours complémentaires jusqu'à 14 ans.
  • E) Ecoles normales rurales ou professionnelles. C'est là que sont préparés les maîtres futurs, ces instituteurs ruraux qui, pour un salaire dérisoire de 90 à 120 fr. par mois, enseignent avec un dévouement admirable la masse des enfants chinois. Les méthodes d'enseignement sont basées sur la leçon de choses qui, maintenant, associe le sens à la représentation et à la prononciation des caractères chinois. La merveilleuse aptitude au dessin de tous ces jeunes enfants, leur acuité visuelle développée par l'étude des signes souvent compliqués de l'écriture chinoise sont des auxiliaires infiniment précieux de leurs études. Doués d'une grande douceur, les petits élèves chinois donnent l'impression de vivre dans les nouvelles écoles une vie naturelle et heureuse.

Enseignement secondaire

Les écoles secondaires, où domine encore trop le verbalisme, offrent une différence marquée avec les précédentes. Les élèves doivent y faire une grande partie de leurs études et particulièrement celle des Sciences en une langue étrangère (généralement l'anglais), ce qui complique singulièrement leur tâche. Ils semblent reportés aux temps anciens où l'intelligence ne jouait tout d'abord aucun rôle dans les études. Par exemple, lors de la visite d'une classe de géométrie analytique, nous avons vu le professeur se bornant à répéter à haute voix ce qui était imprimé dans un livre d'origine américaine qu'il avait entre les mains. Tous les élèves suivaient sur le même livre qu'ils avaient sous les yeux, mais ils apprenaient un texte, sans réellement s'intéresser au sens de la démonstration.


LES RÉALISATIONS ACTUELLES


  • A) Enseignement primaire

Huit millions d'enfants le reçoivent. Ce ne sont guère que des garçons. Sous l'ancien régime les filles n'étaient élevées que pour leur futur rôle de mère de famille et de ménagère. Le gouvernement actuel compte leur donner l'instruction au même titre qu'aux garçons. Il a nettement envisagé même l'enseignement mixte, mais la masse du peuple n'a pu encore être gagnée à cette idée. Il existe à côté des nouvelles écoles, des écoles de l'ancien système. Mais quel en est le nombre, combien ont-elles d'élèves, nul ne peut le dire exactement.

  • B) Enseignement secondaire

L'Enseignement secondaire comprend des sections générales et des sections professionnelles. Le principal reproche qu'on puisse lui faire est que l'enseignement n'y a pas un caractère assez concret et que les travaux pratiques y sont peu développés. Une grosse difficulté est qu'il n'existe à peu près pas de manuels scientifiques rédigés en langue chinoise et que l'enseignement doit être donné en langue étrangère. C'est le premier progrès essentiel à accomplir que de créer une langue chinoise scientifique. Cela représente un travail considérable et ardu, mais possible et nécessaire.

  • C) Enseignement supérieur

L'enseignement scientifique y est orienté vers les applications. L'outillage de certaines écoles techniques par exemple est excellent, mais les étudiants apprennent plutôt comment la machine est construite et ce qu'il faut faire pour l'actionner, qu'ils ne comprennent vraiment le principe de son fonctionnement. La culture technique manque, pour l'instant, d'une base théorique suffisante.

En somme, il convient, dès maintenant, de saluer le magnifique effort accompli en Chine pour remédier à l'absence d'instruction de la masse du peuple. Il y a également un mouvement remarquable pour l'enseignement des adultes (lecture, hygiène, enseignement civique parallèlement à l'enseignement professionnel) qui a son centre le plus important près de Pékin, à Ting-Hsien. Un comité spécial y a eu la tâche de choisir parmi les caractères chinois les onze ou douze cents les plus indispensables à connaître. Il a fait rédiger et éditer des publications spéciales, écrites uniquement avec ces caractères, et il estime qu'il faut à un adulte une étude quotidienne de deux heures pendant quatre mois pour lui permettre la lecture de ces publications. Les élèves s'adonnent avec ardeur à leur tâche et leurs éducateurs font preuve d'un dévouement et de qualités professionnelles remarquables. J'ai grande confiance dans l'avenir de ce peuple si laborieux, si intelligent, si artiste et si humain.


  • Questions posées à l'issue de la séance


M. Henri Piéron : N'y a-t-il pas de grosses difficultés du fait de la langue chinoise abstraite ? — Cette période transitoire ne risque-t-elle pas de durer longtemps?

M. Paul Langevin: Evidemment, en ce moment, s'effectue une synthèse véritable. L'esprit des gens a été impressionné par les résultats de notre technique et ils cherchent plutôt à nous imiter. à manipuler nos appareils, plutôt qu'à comprendre. Il en est de même au point de vue artistique. Il est à craindre que l'enseignement actuel fasse perdre à l'art chinois son originalité, pour copier trop exactement le nôtre. Quant à la langue chinoise il est certain qu'il faut, avant tout, y créer un vocabulaire technique. En ce qui concerne l'écriture, les 214 radicaux peuvent, par combinaison, satisfaire presque toutes les exigences. Ainsi, en chimie, pour écrire les noms des divers gaz on s'est déjà servi du radical signifiant «air», puis, par des signes supplémentaires on donne l'idée accessoire qui permettra de traduire «oxygène», «hydrogène», etc. De même pour l'électricité on prend le radical signifiant «la foudre» et des traits supplémentaires y ajoutent les idées de charge, courant, lampes électriques. Une fois le vocabulaire technique écrit constitué, son introduction dans la langue aidera à la compréhension des idées. La tâche est lourde mais possible. Il suffit de s'en donner la peine.

M. Gay : La langue parlée renferme-t-elle des ressources suffisantes pour correspondre aux idées exprimées par les caractères écrits ?

M. Paul Langevin: Il y a une difficulté évidente, car chaque caractère a un sens bien défini et à la lecture le sens ne s'en dégage pas toujours très bien. Ainsi la poésie chinoise «parle» aux yeux peut-être plus qu'à l'oreille. La langue chinoise étant monosyllabique est très condensée. D'où nombreux homonymes, mais la difficulté est tournée par l'emploi simultané de plusieurs caractères pour un même mot.

M. Weber :

  • A. Quel est le système de numération? Est-il possible de compter en chinois pour les calculs scientifiques?

- Dans les sciences on emploie le système métrique. Le calcul ordinaire se fait davantage par abaques que par opérations écrites. L'écriture des formules chimiques est la nôtre. D'ailleurs, n'est-ce pas là un mode de compréhension universel?

  • B. Les mots ont-ils une précision suffisante, en chimie par exemple ?

M. Langevin:

  • a) Dans les «buts» lus, il n'était pas question de «formation intellectuelle».
  • b) Difficulté certaine, mais qui peut être résolue.
  • c) La lacune a été signalée.

M. X: S'occupe-t-on de la question des anormaux ?

M. Langevin: Non, rien encore ou à peu près. Il est évident qu'il y a, en Chine, beaucoup d'aveugles par exemple. Rien n'a été fait parce qu'avant les anormaux il y a trop à faire pour les normaux... qui sont si nombreux !

  • Source: Bulletin de la Société française de Pédagogie